Les Grillons et 5 autres nouvelles

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Les Grillons

 

De cette masse visqueuse et grouillante, on voyait apparaître des parties de membres humains : mains, oreilles, jambes… Léonie n’arrivait plus à respirer.

Elle se réveilla en sueur et se dit que c’était un bien mauvais rêve qu’elle venait de faire.

Mais lorsqu’elle se leva de son lit, son plancher de chambre était couvert de vers blancs, entassés les uns contre les autres, se cherchant un chemin. Elle se mit à crier d’effroi et se pinça.

— Mais ce n’est pas possible ! se dit-elle. Je dois vivre un rêve éveillé.

Léonie réussit avec difficulté et dégoût à sortir de sa chambre. Bizarrement, plus rien dans le corridor ! On n’y voyait que les lattes lisses et bien cirées du plancher de bois.

— Je dois être devenue somnambule, se dit-elle en elle-même.

Elle descendit à la cuisine, comme à tous les matins, pour prendre son petit déjeuner. Sa mère était là, à boire son premier café et à faire cuire des crêpes au babeurre.

— Bonjour, ma chérie, lui dit gentiment sa mère, Estelle. Comment s’est passée ta nuit ?

Léonie de lui répondre :

— Oh, ma nuit s’est bien passée (à part ce stupide rêve, pensa-t-elle). Mais c’est le réveil qui fut terrifiant ! Si je suis réveillée, je veux dire.

Estelle la regarda d’un air perplexe, ne comprenant rien à ce que sa fille lui racontait.

— Mais voyons, Léonie, que dis-tu là ? lui demanda sa mère. C’est évident que tu es bien éveillée, comme moi d’ailleurs ! lui répondit en riant Estelle.

— Maman, ferme le rond de la cuisinière et viens avec moi. J’ai quelque chose d’horrible et de répugnant à te montrer, rétorqua Léonie.

Estelle accepta avec résignation ce que lui demandait sa fille, enleva son tablier, le posa sur le comptoir et gravit l’escalier qui menait aux chambres à l’étage.

Une fois devant la porte de sa chambre, Léonie avisa Estelle de ne pas faire le saut lorsqu’elle l’ouvrirait, malgré la vision d’horreur qu’elle aurait devant elle.

 

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