Faut-il s’excuser de citer Virginia Woolf ?

OIP-22

Est-il encore permis, dans un roman, de croiser la route de Virginia Woolf sans être accusé(e) de pédanterie ?

Une lectrice (et amie) m’a confié hier soir…lors d’un dîner que les références littéraires disséminées dans mon roman lui paraissaient un tantinet “académiques”.

“On devine que tu as été prof.” me dit-elle, un léger sourire au coin des lèvres

Je plaide coupable, bien sûr. Et pourtant, la remarque m’a suivie bien après avoir été prononcée.

Tandis que je raclais au fond de mon assiette les dernières traces de coulis de fraise, ma cuillère est restée bloquée entre mes dents. Autour de moi, les conversations continuaient, les verres s’entrechoquaient, quelqu’un riait. Mais déjà mon esprit s’éloignait. J’ai tenté de me défendre, puis de m’excuser. Les deux mouvements se sont confondus. Cette vieille connaissance, le syndrome de l’imposteur, venait de reprendre place à ma table.

Après tout, qui suis-je pour me dire auteure ? Une ancienne professeure qui noircit des pages pour tenir l’ennui à distance ? Une lectrice obstinée qui emprunte aux livres qu’elle aime quelques éclats de lumière ? Ou simplement une femme qui écrit parce que certaines pensées refusent de demeurer silencieuses ?

La question est restée là, discrète et tenace, bien après que le goût des fraises eut disparu. ( le dessert était délicieux:-) mais un petit arrière goût d’acidité.

Pour ma part, je ne glisse jamais un nom, un livre ou une œuvre pour démontrer quoi que ce soit. Mon héroïne admire Virginia Woolf parce que, dans sa fragilité, ses doutes et sa sensibilité à vif, elle reconnaît quelques fragments d’elle-même. Dorothy, c’est Virginia et les vagues du souvenir qui ne cessent de déferler sur son existence en témoignent. La référence n’est pas un cours de littérature ; elle est simplement un miroir.

Lorsque nous rencontrons, dans un roman, une chanson, un tableau ou un écrivain que nous ne connaissons pas, sommes-nous obligés d’aller vérifier les notes de bas de page ( dans le éditorial : les notes infrapaginales) ?

Bien sûr que non !

Nous pouvons poursuivre l’histoire, se laisser porter sans pause, sans retour. Mais nous pouvons aussi choisir de pousser une porte …une autre et encore une autre…jusqu’à ce que le roman déborde de lui-même.

 

 

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