Sur cette photo, je n’ai même pas 4 ans. Je suis à Carnac, en septembre 1973. Grimpée sur un rocher, face à l’océan, je souris.
Cette petite fille ne savait pas encore.
Elle ne savait pas qu’elle grimperait sur bien d’autres rochers. Des deuils, des ruptures, des doutes.
Elle ne savait pas qu’elle changerait de métier, plusieurs fois.
Elle ne savait pas qu’elle quitterait des villes, des certitudes, et bientôt de nouveau un pays entier pour s’installer à l’autre bout du monde, au Kazakhstan.
Elle ne savait pas non plus qu’elle ne vivrait jamais au bord de cet océan qu’elle aimait tant déjà. Aucune de ses expatriations ne l’y mènera.
Mais elle savait déjà quelque chose sur cet océan, sans le savoir vraiment : qu’une marée basse n’est jamais définitive. Que ce qui se retire revient toujours, sous une autre forme, à un autre moment.
Cet optimisme-là, je ne l’ai jamais perdu.
Il m’a portée à travers chaque tempête, chaque changement de cap, perchée sur mon rocher, à attendre que la marée remonte, en m’efforçant de sourire après avoir parfois beaucoup pleuré.
Et c’est exactement cette marée que j’essaie d’aider à retrouver dans mes ateliers d’écriture et dans l’accompagnement à l’écriture thérapeutique : ce mouvement qui ramène vers le rivage ce qu’on croyait perdu. Un souvenir, une force, une part de soi qu’on avait laissée s’éloigner.

