TALI NOHKATI, LA GRANDE TRAVERSEE – Episode 9 : Rakenika

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BLOG « TALI NOHKATI, LA GRANDE TRAVERSEE » – Deuxième partie – Episode 9

Résumé des épisodes précédents : seul survivant d’une bourrasque de feu, TALI NOHKATI est parti à la recherche de ses semblables. Après avoir croisé l’ourse Yupik et son petit Qanuk, Atii la baleine, les loups dans une forêt, Atsina, le bison des plaines et de Zia Zia, le serpent à sonnette, le temps est enfin venu pour Tali de retrouver ses semblables.

 9 – Rakenika

 Au terme d’un périple qui l’avait mené du pays blanc au pays de la terre rouge, Tali Nohkati, parti à la recherche de ses semblables, s’étendit un soir sous le couvert d’un arbre. La fraîcheur du sol apaisa son corps endolori par sa longue marche et, bercé par les battements de son cœur, il sombra dans le sommeil.

L’homme qui le découvrit se pencha vers lui. Sa chevelure était parée d’une plume d’aigle. Il s’assura que l’enfant n’était pas blessé et que personne d’autre ne rodait dans les parages.

Cette présence, non loin de son campement, l’intrigua. Voyant que l’enfant ne se réveillait pas, il le prit dans ses bras et le porta auprès des siens.  Tous s’approchèrent pour voir cet étranger. Puis l’homme le coucha dans son tipi.

Autour du feu rayonnait une douce lumière. Soucieux de ne pas effrayer l’enfant, l’homme et sa femme l’observaient sans bruit.

Si la peau, les cornes de bison et les turquoises leur étaient familiers, les traits du visage et les opales de feu au contraire éveillaient en eux interrogations et curiosité. Sans quitter l’enfant des yeux, ils se disaient à voix basse : 

– Que fait-il seul dans la nuit ? S’est-il égaré ? A-t-il été abandonné ?  D’où vient-il ? Quelle est sa tribu ?

Mais la nuit passait, retenant Tali Nohkati au plus profond de ses rêves, sans apporter de réponse. Alors Rakenika, l’homme qui l’avait trouvé et Gaho, son épouse, veillèrent sur lui jusqu’à l’aube.   

Au lever du soleil, l’homme sortit pour relever des pièges et la femme pour chercher de l’eau. C’est cet instant que choisit Iktomi l’araignée pour glisser le long de son fil de soie jusqu’à Tali Nohkati. Suspendue au-dessus de sa tête, elle souffla sur son front pour le réveiller. Alors qu’il ouvrait les yeux, Tali Nohkati s’étonna de ne pas revoir les branches qui lui avaient servi de ciel.

  • Est-ce la toile que tu as tissée durant la nuit ? demanda-t-il à l’araignée.

Iktomi, la muette, lui fit comprendre, à force de signes, que quatre vies n’y suffiraient pas. 

  • Mais alors, où m’as-tu emmené pendant que je dormais ? demanda encore Tali Nohkati.
  • C’est plutôt moi qui t’ai trouvé ici ! 
  • Ici, où est-ce ? voulu savoir Tali Nohkati. 
  • Ici, c’est le pays de tes semblables.

Tali Nohkati n’arrivait pas à le croire. Enfin ! Enfin, il était arrivé !  

  • Où sont-ils ? 

Iktomi poussa la toile du tipi et d’un bon, Tali Nohkati se retrouva dehors.

Le ciel était clair. Autour d’un foyer où s’affairaient quelques femmes, plusieurs tipis étaient disposés en cercle. Des enfants s’amusaient à se poursuivre. Soudain, tous les regards se posèrent sur lui. Le visage souriant de Tali Nohkati les invita à le rejoindre et le couple qui l’avait hébergé en fit autant.

Dans un brouhaha, Tali Nohkati fut assailli de questions. Tous voulaient savoir qui il était. D’où il venait.

Reconnaissant les mots que Zia Zia, le serpent à sonnettes, lui avait enseignés, Tali Nohkati, heureux, se présenta. Les femmes lui apportèrent à manger et à boire. Les enfants voulaient l’entraîner dans leurs jeux sans attendre.

Enfin, quand le jour déclina, toute la tribu se retrouva pour une longue veillée autour du feu. Et près de Rakenika, l’homme qui l’avait trouvé, Tali Nohkati raconta son grand voyage. Plusieurs soirs durant, Yupik et son ourson, la banquise et les hautes parois de glace, les entrailles d’Atii la baleine, les louveteaux de la forêt profonde, les grandes plaines d’Atsina et le désert brûlant de Zia Zia fascinèrent les membres de la tribu.

Au terme de ce récit, Rakenika prit la parole :

  • Tali Nohkati ! Tali Nohkati ! Ton nom ne laisse pas deviner tous les chemins que tu as pris. D’où vient-il alors ? Qui te l’a donné ?
  • Hélas ! répondit l’enfant. Ma mémoire est incertaine. De ce temps lointain, il ne me reste que quelques ombres : la main de mon père sur mon épaule, le sourire de ma mère mais surtout un souffle brûlant, un souffle qui les emporte et qui me laisse seul au monde, si seul. Et si …

Mais Tali Nohkati n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Rakenika voyant les larmes jaillir à l’évocation de ses souvenirs, se leva et déclara : 

  • Seul, tu ne l’es plus aujourd’hui. Puisque ta course, sous le soleil et les étoiles, t’a porté jusqu’ici, nous t’adoptons. Avec le temps et par tes actes, tu deviendras notre semblable.

Et se tournant vers les autres membres, il ajouta :

  • Si l’un d’entre vous s’y oppose, qu’il jette une poignée de terre dans le feu.

Personne ne jeta de terre dans les flammes.

En signe de reconnaissance, les hommes, les femmes et les enfants s’approchèrent de Tali Nohkati et posèrent leurs mains sur son cœur.

Ce soir-là, Rakenika ne parla pas des opales de feu.  Ce soir-là, il laissa Tali Nohkati, naître une seconde fois.

Et comme au commencement, la lune ronde brilla dans le ciel et Coyote chanta dans la nuit.

 

 

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