Lorsque j’allais chez ma grand-mère, il y avait cette règle d’or, la fenêtre en bois vert du salon devait toujours rester entrouverte. Qu’il fasse une chaleur terrible en été ou bien froid, en plein hiver, elle refusait qu’on la claque.
Elle disait toujours « Une maison fermée, c’est une maison qui s’éteint », et repoussait ma main chaque fois que je tentais de la verrouiller.
Je me disais que ce n’était qu’une “manie de vieux”, attachée à ses habitudes
Pour elle, c’était une habitude de sentir le parfum des fleurs où pour laisser entrer le chat du voisin.
C’était surtout le courant d’air de mon enfance qui est resté gravé dans ma mémoire
Laisser cette fenêtre entrouverte, c’était aussi une manière pour elle de tendre la main aux autres
Je vous explique
Elle aimait trop les gens pour vivre recluse.Tout les matins , elle se levait à l’aube pour prier et préparait le café avec beaucoup d’amour , l’odeur déjà chatouillait nos narines et on savait que le pain chaud sortait tout juste du four.
C’était notre réveil à nous, mais aussi celui du voisinage qui s’était habitué à la voir offrir aux travailleurs matinaux, ou aux passants.tout simplement
par cette fenêtre, oui , qui devenait le comptoir de bonté.
Avant son départ , cet hiver , le quartier vivait la mélancolie du vide déjà de son absence.
La fenêtre verte, elle , est restée fidèle à elle-même, ouverte de la largeur de trois doigts, couverte de poussière et pour la première fois de ma vie, j’ai attrapé la poignée en fer forgé, j’ai tiré l’ouvrant vers moi et j’ai tourné le loquet.
Le clic brusque et sec a résonné à travers mon corps et mon âme comme un point final.
La maison était close, je dirais même scellée de nos habitudes matérielles et éphémères
En sortant dans la rue, j’ai croisé le vieux voisin du bout de l’allée. Il a levé les yeux vers la façade fermée, puis il m’a regardée avec un sourire triste « Le café ne se sent plus pareil , ma fille . Mais vous savez, pour nous….cette fenêtre restera toujours ouverte. »
De l’âme de Leila Elmahi

