Sur le chemin de Compostelle, les deux pieds dans la boue.

OCebreiro

Un pèlerin dans la boue, extraits, pages 139,140, 190

Enfin un peu de tranquillité. Le Camino s’éloigne peu à peu de l’autoroute et du bruit. Retour au calme et aux champs où des troupeaux de vaches broutent allègrement. Les petits hameaux se distancient et le chemin se rétrécit jusqu’à devenir un simple sentier bordé d’arbustes. Parfois, des murets de vieilles pierres nous enclavent à un point tel que, marcher côte à côte est presque impossible. Après le village de Las Herrerias, les arbustes font place à d’étranges arbres garnis de mousse et de lierre. L’apparence lugubre ajoute au temps gris et à la brume qui enveloppe les environs, même à midi.

La pente s’accentue. Le sentier, jusqu’à maintenant tapi de roches et de gravier, se transforme en véritable rivière de boue. Mais pas juste un peu ! Mes bottes s’enfoncent à moitié ; les semelles sont de véritables raquettes de bouette. La route devient de plus en plus abrupte, la pluie a commencé à tomber. J’essaie de gravir cette montagne avec le peu d’énergie qu’il me reste. J’ai perdu de vue Jacques et Léo. Mes pieds glissent sur les roches cachées sous la vase. Maudite bouette !

Je consulte mon GPS. Encore quatre kilomètres avant d’arriver à l’auberge. Je n’en peux plus. C’est trop difficile. Je m’arrête, je regarde derrière. La vallée est couverte de brume. Des teintes de vert et de gris se détachent du brun de la bouette mêlée à la bouse de vache. « Mais qu’est-ce que je fais ici ? Faut-il être cinglé ou inconscient pour marcher dans de pareilles conditions ? Dire que chez moi au Québec, il y en a des sentiers beaucoup mieux aménagés pour marcher. « Cosse ça donne » de s’infliger autant de misère les pieds dans la boue ? Ah ! comme j’aimerais être déjà rendu pour m’assoir et… ». « Arrête un peu là ! » me chuchote ma petite voix. « Ce n’est pas la destination qui importe, c’est d’être en Chemin ». Je veux bien, mais là ce n’est pas le fun du tout !

L’air se raréfie. « J’ai d’la misère au calv… » comme dit la chanson. J’aurais mieux fait de rester à la maison ou à l’auberge ce matin. « Pourquoi marches-tu ? Avec qui marches-tu ? » « Marianne. Oui Marianne, c’est avec toi que je fais ce bout de Chemin. C’est aussi avec moi que tu feras ton bout de chemin de course aujourd’hui ».

En cet instant de découragement, une seule pensée m’habite : « Marianne, ma fille, tu es là…

 

…Est-ce cela le Chemin ? Oui et non. Les gestes se répètent, mais l’endroit et les gens changent constamment. Qu’est-ce qu’il en résulte à la fin ? Je n’en sais rien… À suivre jusqu’à la fin, à moins que je devienne blasé, gaga, ou que je me retrouve assis par terre un matin dans le coin d’un dortoir à déchiqueter des petits bouts de papier de ma credential

 

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