Au loin une passion Unbrin d’éternité Extraits

RDAF-ALP

Je n’aime pas les îles, les rêves s’y enfuient, et sûrement l’ennui est né là-bas dans un atoll perdu, aux langueurs assoupies. Et pourtant, je suis partie un soir, pour une île lointaine dont je ne savais rien. Et je ne savais rien de toi, rien de moi, et ce « nous » n’avait aucune consistance, comme c’est le cas aujourd’hui encore…(p3)

Durant ces années-là, les années 1990, une passion intense s’est emparée de moi, une passion qui s’est étirée dans le temps et l’espace, entre rêverie et réalité, entre absence et rencontres ardentes, entre attente et effervescence, entre plaisir et tourment, une passion que tu ne soupçonnes pas. Un emballement qui m’a saisi subitement un jour où je ne me suis doutée de rien. Je croyais toujours tout contrôler dans ma vie, surtout mes sentiments, mais non, tu es entré dans ma vie, à l’improviste.

 Tu fais partie de ces présences bénéfiques qui réveillent en vous des désirs assoupis, des désirs magnifiques, trop longtemps attendus et sombrés dans l’oubli.

Alors ma vie a changé, un voile soudain s’est déchiré, mon existence est devenue plus pleine, plus intense, le temps s’est arrêté, les jours se sont écoulés et j’ai attendu.

J’ai attendu. Tout était tendu vers ce moment, cet instant où je te reverrai, où ton regard se posera sur moi, où tu jetteras en vrac tes vêtements à terre, où je lirai dans tes mains la hâte, la fébrilité, la douceur de tes caresses, dans ce corps à corps fiévreux, promesse de bonheur indicible….(p4-5)

Partir, tout quitter, qui n’en rêve pas ? Songe d’un soir, illusion d’une vie, laisser derrière soi angoisses et tracas, partir libre et léger pour un accord parfait avec ce que l’on sent, avec ce que l’on est, délaisser les chaînes si patiemment tissées, partir par amour, partir pour aimer, pour tout recommencer. Partir, pour la beauté d’un soir qui descend lentement sous les tristes tropiques, pour une palme fine qu’un alizé balance, pour un reflet mordoré sur la mer qui flamboie, pour la douceur d’un soir enveloppe satin qui effleure ma peau, pour cette fraîcheur tendre et complice qui rappelle à mon cœur un frisson amoureux.P

Oui, c’est bien pour toutes ces raisons, pour vivre ces sensations que j’ai décidé de quitter une vie confortable, une ville que j’aimais, et ma Provence natale.

Parfois, l’existence se mue en désespoir : un échec, une rupture amoureuse, la quarantaine, les saisons qui passent. Que faites-vous alors ? Chercher une issue à tâtons, au moment où tout s’embrouille ? Par quel bout attraper les heures qui filent à toute allure ? Devant la conscience aiguë que chaque minute compte, un sentiment d’existence décousue, un puzzle où les pièces usées par le sel et le temps refusent de s’emboîter, le quotidien et ses routines paraissent insupportables, tout projet devient dérisoire.

Alors ressurgissent de vieux souvenirs oubliés, des rêves d’enfant : partir, aller toujours plus loin, très loin, découvrir d’autres terres, d’autres paysages, d’autres populations, d’autres personnes à aimer. Ailleurs résonne comme un mot magique, ailleurs, tout semble plus beau, plus pur, plus intense, plus vivant.

Et vient toujours ce temps où un départ s’impose. Et puis des pièces se mettent en place peu à peu.

Cela ne se fait pas tout seul. Pour sortir de ce marasme qui engloutit sensiblement notre âme, s’agiter devient impératif, ou plutôt agir. Choisir des contacts, téléphoner beaucoup, solliciter son réseau, réveiller des connaissances amicales ou professionnelles. 

Et puis tout se décante. Une relation en amène une autre, et tout revêt alors du sens. Une occasion se présente, un poste lointain, outremer, inespéré. Saisir cette chance, coûte que coûte.

Lorsque l’on dirait que le puzzle prend forme et que, tout à coup, une solution apparaît, on ressent une profonde satisfaction. Enfin, ça bouge. Maintenant, il va falloir assurer…. (p 12-14)

 

 

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