Le Manguier du Tanganyika

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Que dire de la créolité? Le mot n’est même pas repris dans le dicionnaire. Créole l’est bien : ” Personne d’ascendance européenne née dans une des anciennes colonies intertropicales.” On parle donc d’enfants nés sous les tropiques, à peau blanche. Contrairement au métis, le créole n’a pas de parcelle de génétique du pays où il est né, où il a vécu, où il a aimé. Sa peau blanche est comme une estampille, elle rappelle aux yeux des autochtones le passé douloureux de prédations perpétrées par ses parents colonisateurs. L’enfant créole doit donc supporter le poids d’une culpabilité d’actes qu’il n’a pas commis. Pourtant, s’il n’a pas du sang indigène dans les veines, il n’est pas tout à fait blanc dans sa tête, dans son comportement, dans sa pensée. Son pays, ce n’est pas celui de la métropole lointaine et frileuse, un pays qu’il ne connaît que par les livres. Son pays c’est celui de son enfance, son premier pays qui le marquera à jamais.

La créolité, c’est un métissage de l’esprit, une ouverture vers la fraternité raciale, un creuset de cultures différentes qui fusionnent et surpassent l’ethnocentrisme. Si le créole est le descendant blanc en terres tropicales, que dire du descendant noir né en terres européennes? On pourrait parler de “créolité inversée”  pour l’ensemble des afrodescendants. Loin d’y perdre une pureté originelle, le créolité, la “créolité inversée”, et tout métissage des cultures en général ne peut que contribuer à l’émergence d’un fraternité intelligente et compationnelle.

Ce thème de la créolité est au centre de mon roman historique, en même temps que le livre rend justice en dénonçant le rôle pervert joué par l’Etat et l’Eglise belges dans la mise en oeuvre de l’idéologie génocidaire. Le premier massacre des populations tutsies lors de l’épisdode de “La Toussaint ruandaise”, suivi de deux années d’épuration ethnique menée par les extrémistes hutus, ont fait l’objet d’une recherche poussée au sein des archives d’Etat récemment déclassifiées.

Voici la 4ème :

Avec ce quatirème roman, Alain Busine poursuit une exploration dans le passé colonial de son pays, et de sa famille. Une interrogation intimiste sur sa propre créolité… Une plngée dans une enfance libre et heureuse… les 400 coups d’une fratrie de quatre garçons… A partir de souvenrirs, et de documents tirés des archives d’Etat, il restitue un climat de fin de règne, celui des émergences des indépendances. Les destins tragiques du Burundi, du Rwanda, avec leur cohorte de massacres, de trahisons, et d’ingérences politico-religieuses de la métropole viennent heurter la dolce vita coloniale, faite d’insouciances, de bals costumés, de sonorités jazzy, de vapeurs alcoolisées ; les amitiés se disloquent : les leins familiaux risquent de se briser.

” – Des peaux blanches qui pensent comme des Noirs, ça s’appelle des créoles. j’ai entendu un jour Papa qui le disait à Maman. Nous sommes nés ici, nous vivons ici, nous aimons le manioc et le maïs, ce manguier est notre protecteur, nous parlons le swahili et les mygales ne nous font pas peur. Nous, nous sommes des créoles!”

Le Manguier du Tanganyika. Ed. Le Lion Zailé (Belgique), 2026. 339 pages, 24 euros TTC.

 

 

 

 

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