Quand une famille Provençale rejoint la grande histoire

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Quand une famille provençale rejoint la grande Histoire.

« En écrivant Le Château de mon père, je ne pensais pas découvrir qu’une famille ayant vécu à Brunet avait participé, sous le règne de Louis XVI, à la guerre qui allait contribuer à la naissance des États-Unis… »

Le 4 juillet 1776, les treize colonies américaines proclament leur indépendance. Deux siècles et demi plus tard, cet événement continue de symboliser la naissance d’une nation.

Mais cette histoire n’est pas seulement américaine. Elle est aussi française.

Et, à ma grande surprise, elle rejoint également l’histoire d’un petit village des Alpes-de-Haute-Provence : Brunet.

En écrivant Le Château de mon père, je souhaitais raconter l’histoire du château que mon père a sauvé à partir de 1974.

Au fil de mes recherches, j’ai retracé l’histoire de ses anciens propriétaires, la famille de Tressemanes-Brunet, qui le détenait depuis sept générations. Je savais déjà qu’il s’agissait d’une grande famille provençale qui avait marqué l’histoire de la région et comptait plusieurs officiers de la Marine royale. Mais c’est en mai dernier, au détour d’un déjeuner, que les pièces du puzzle se sont assemblées.

Philippe de Tressemanes-Brunet, à qui j’avais confié avoir été sélectionnée, pour le recueil de Rencontre des auteurs francophones, Nos Histoires d’Amérique, m’a alors révélé les recherches familiales retraçant l’engagement de plusieurs membres de sa famille au service de Louis XVI durant la guerre d’Indépendance américaine.

Ainsi, l’histoire d’un château provençal rejoint celle de la naissance des États-Unis.

Le château de Brunet

Dominant le village, le château de Brunet est mentionné dès le Moyen Âge.

À partir du milieu du XVIIIᵉ siècle, il appartient à la famille de Tressemanes-Brunet. Pendant plus d’un siècle, il est transmis de génération en génération à l’aîné, selon la tradition familiale.

Lorsque mon père le découvre en 1974, il ne reste que les deux tours, les anciennes écuries et les murs d’enceinte. Contre toute attente, il entreprend de le sauver. C’est cette aventure humaine que raconte Le Château de mon père.

Les Tressemanes au service du roi Louis XVI

Parmi les enfants de Jean-Baptiste de Tressemanes, plusieurs se distinguent par une brillante carrière dans la Marine royale.

Jean III de Tressemanes-Brunet (1738-1824)

Jean III naît au château de Brunet le 6 avril 1738 et est baptisé le 9 avril en l’église paroissiale du village. Son parrain est Jean de Tressemanes, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem et commandeur de Nice. Sa marraine est Marie-Thérèse de Boyer d’Éguilles, baronne de Laval.

Marquis de Brunet, chevalier et seigneur de Brunet, il embrasse très tôt la carrière des armes.

Il est successivement :

  • Garde de la Marine à Toulon (4 août 1754) ;
  • Enseigne de vaisseau (17 avril 1757) ;
  • Lieutenant de vaisseau (18 août 1767) ;
  • Second lieutenant au régiment de Marseille (1er mai 1772) ;
  • Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis (28 juin 1775) ;
  • Capitaine de fusiliers (1er juillet 1777) ;
  • Lieutenant-colonel (13 mars 1779) ;
  • Capitaine de vaisseau (date à confirmer selon les archives).

Il sert notamment à bord du Lion puis du Marseillais et participe aux campagnes navales de l’escadre du comte de Grasse durant la guerre d’Indépendance américaine.

Son fils, Louis-Raymond de Tressemanes, deviendra maire de Grasse en 1816.

François de Tressemanes-Brunet (1741-1807)

François de Tressemanes-Brunet, dit le chevalier de Tressemanes, naît le 20 juin 1741 au château de Brunet. Il est baptisé en l’église de Brunet avec pour parrain François de Rasque Saint-Sauveur, seigneur de Tourtour et chevalier de Saint-Louis, et pour marraine Françoise de Tressemanes.

Officier de marine, il est successivement :

  • Garde de la Marine à Toulon (2 octobre 1756) ;
  • Enseigne de vaisseau (1er octobre 1764) ;
  • Lieutenant de fusiliers (1er janvier 1775) ;
  • Lieutenant de vaisseau (4 avril 1777) ;
  • Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis (8 décembre 1777) ;
  • Lieutenant-colonel (9 mai 1781) ;
  • Capitaine de vaisseau (15 septembre 1782).

Il sert à bord de La Victoire (1778-1779), puis embarque sur Le Marseillais au sein de l’escadre du comte de Grasse. Il participe aux campagnes navales des Antilles ainsi qu’aux opérations qui conduisent à la victoire de Chesapeake et aux campagnes de 1782.

Louis XVI et l’indépendance américaine

Contrairement à une idée largement répandue, Louis XVI joue un rôle essentiel dans la naissance des États-Unis.

Sous l’impulsion de son ministre des Affaires étrangères, le comte de Vergennes, il décide d’apporter son soutien aux Insurgés américains.

La France fournit une flotte puissante, une armée, des armes, des munitions ainsi qu’un soutien financier considérable.

Sans cette aide, la victoire américaine aurait été beaucoup plus difficile.

La bataille navale de la baie de Chesapeake, remportée en 1781 par l’escadre du comte de Grasse, ouvre la voie à la victoire de Yorktown, qui conduit à la reconnaissance de l’indépendance des États-Unis.

Les Tressemanes et la guerre d’Amérique

Les recherches menées par la Society of the Cincinnati Library (Washington) en 2019 ont confirmé la présence de plusieurs officiers de la famille de Tressemanes parmi les marins français engagés dans la guerre d’Indépendance américaine.

Le rapport mentionne notamment Jean III et François de Tressemanes-Brunet, tous deux capitaines de vaisseau au service de Louis XVI.

Il signale également la présence d’un « Chevalier de Tressemanes » dans une liste originale de 1789 de la Marine française.

En l’état actuel des recherches, il n’est toutefois pas possible de déterminer avec certitude lequel des membres de la famille est désigné par cette mention. Cette question demeure ouverte et fait toujours l’objet de recherches complémentaires.

Une mémoire retrouvée

L’Histoire est parfois faite de grands événements.

Elle est aussi faite de lieux, de familles et de souvenirs.

En sauvant le château de Brunet, mon père n’a pas seulement restauré un monument.

Il a permis de préserver la mémoire d’une famille provençale dont plusieurs membres participèrent à l’une des pages les plus importantes de l’histoire moderne.

En écrivant Le Château de mon père, je voulais transmettre l’histoire d’un lieu sauvé par la passion et la ténacité d’un homme.

Je découvre aujourd’hui que ce même château ouvre une fenêtre sur une aventure qui dépasse largement les frontières de la Provence.

C’est sans doute cela, la force du patrimoine : relier l’histoire intime d’une famille à la grande Histoire des peuples.

Cette enquête se poursuit encore aujourd’hui. Chaque archive retrouvée, chaque document redécouvert apporte une nouvelle pierre à l’édifice. J’espère qu’elle permettra, demain, de mieux comprendre la place qu’ont occupée les Tressemanes dans cette aventure franco-américaine.

Brigitte Mascaro

 

 

 

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