Cette image me parle d’une chose que beaucoup ne voient pas.
Ce n’est pas seulement une femme et un enfant qui transportent des récipients.
C’est une histoire qui se transmet.
La grande marche avec une bassine sur la tête.
La petite fait déjà la même chose avec un petit récipient.
On appelle souvent cela une tradition.
Mais parfois, une tradition est aussi le signe qu’un problème dure depuis trop longtemps.
Le plus inquiétant, ce n’est pas que cette petite fille porte déjà quelque chose sur sa tête.
Le plus inquiétant, c’est qu’elle le fasse avec autant de naturel.
À son âge, elle ne sait pas encore pourquoi elle le fait.
Elle sait seulement que c’est comme ça que les choses se passent.
C’est ainsi que naissent les habitudes.
C’est ainsi que les problèmes deviennent normaux.
Et c’est ainsi qu’une génération transmet à la suivante des difficultés qu’elle n’a jamais réussi à résoudre.
Le véritable danger n’est pas la bassine.
Le véritable danger, c’est lorsque nos enfants grandissent en croyant que les difficultés de leurs parents sont une fatalité.
À force de voir une situation tous les jours, on finit par ne plus la remettre en question.
On ne cherche plus à la changer.
On apprend simplement à vivre avec.
C’est là que le développement s’arrête.
Car le sous-développement ne commence pas par le manque d’argent.
Il commence le jour où une société cesse d’imaginer qu’elle peut vivre autrement.
Une nation ne progresse pas seulement grâce à ses ressources naturelles, à ses routes ou à ses bâtiments.
Elle progresse lorsque chaque génération décide que ses enfants ne vivront pas les mêmes difficultés qu’elle.
Le plus bel héritage que des parents puissent laisser n’est pas d’apprendre à leurs enfants à supporter les mêmes souffrances.
C’est de faire en sorte qu’ils n’aient plus jamais besoin de les supporter.
Voilà pourquoi le développement est d’abord une question de vision.
Une génération qui ne prépare pas un avenir meilleur condamne, sans le vouloir, la génération suivante à répéter le passé.
C’est cette Afrique qui m’inspire lorsque j’écris *Espérance Nouvelle – Une jeunesse africaine en quête de changement*.
Parce que le véritable progrès, ce n’est pas d’apprendre à porter une bassine plus tôt.
Le véritable progrès, c’est qu’un jour, nos enfants portent davantage de livres que de charges, davantage de projets que de corvées, davantage d’espérance que de résignation.
Le jour où un enfant n’aura plus à reproduire les difficultés de ses parents, nous pourrons dire que nous avons réellement commencé à développer notre continent.

