Depuis quelques années, de temps en temps j’essaie de convaincre l’un ou l’autre éditeur de publier les manuscrits que je trimballe de tiroir en tiroir… Celui-ci, refusé systématiquement, se compose de très courtes nouvelles, présentées comme des extraits de “romans fictifs” (j’aime bien cette formule : le faux est mis en abyme…), dont l’auteur est tout de même Eymeric Maleville lui-même!. Les très courtes nouvelles sont chaque fois accompagnées d’une photographie originale (© Eymeric Maleville & Jean Jauniaux ) et d’un fragment d’une vieille édition du “Dictionnaire de la conversation” (JMG Le Clézio m’avait confié dans une interview qu’il déchiffrait, enfant, cette merveilleuse encyclopédie dont sa grand-mère, à Nice, lui laissait le libre accès…). Je me propose de publier ici l’une ou l’autre de ces “photo-nouvelles-fragments de romans” … Voici la première…
Absinthe
« (…)La chance, pour une fois, m’avait souri. Cette nuit, en trimbalant mon divan dans l’obscurité d’une nuit sans lune dans une rue sans éclairage public, je ne m’étais pas rendu compte de la proximité d’un abri placé sous la bienveillante protection de l’homme noir buveur de Porto. Même si j’ai toujours préféré à la liqueur portugaise l’absinthe chère à Verlaine, aux premiers flocons de neige, je plaçai l’ensemble de mes effets dans le caddy Carrefour, et parcourus sur le verglas les quelques mètres qui me séparaient de l’arrêt du bus 34 (celui qui relie la Place d’Armes aux lointaines banlieues de la Cité Marcel Maleville). Nestor trottinait à mes côtés, frissonnant, le bout de ses pattes frigorifiées par les glaçons qui s’étaient figés entre les coussinets qu’il léchait à chaque pas. Au petit matin, le divan était couvert de neige. »
(« Bruxelles-Porto », récit, Eymeric Maleville, Editions de l’Idesbald, 1994)
« Absinthe : plante à fleurs composées, jaunâtres, dispsoées en grappe, à feuilles d’un vert argent ; amère et stomachique. En faisant infuser ces feuilles dans l’eau-de-vie on prépare une liqueur du même nom qui stimule l’estomac et aiguise l’appétit »
in « Dictionnaire de la conversation à l’usage des dames et des jeunes personnes » publié sous la direction de M.W. Duckett avec le concours des principaux collaborateurs à ce grand ouvrage (Paris, 1841, Tome premier)

