Je veux encore danser sous la pluie

agora-24.10

Aujourd’hui, il pleut, là où j’habite. Aujourd’hui, j’ai été sollicitée pour soutenir des livres qui au premier abord m’ont enthousiasmée. Puis, j’ai découvert qu’ils revendiquaient collectivement l’usage de l’intelligence artificielle pour leurs écritures. J’ai préféré me passer de leur lecture et oser dire non. Car je veux continuer de danser sous la pluie ; je veux être un colibri, minuscule, j’en ai bien conscience, mais fière de posséder cette intelligence animale.

Je suis en effet opposée à l’usage de l’IA dans la littérature car je considère qu’elle sert une productivité et un business qui s’éloignent de ce que représente (pour moi) le sens d’un livre : une liberté et un plaisir fondamentaux que pour rien au monde je ne tiens à sous-traiter en tant qu’auteur humain, me considérant comme un être incarné et non lobotomisé. L’écriture est de ces moyens d’expression sensoriels, comme le sont la danse, la marche, la contemplation, la lecture, etc. Elle consiste à aimer l’imperfection de l’humain, car c’est en elle que se cache la beauté du monde, son mystère, et le désir ; et à fournir des efforts intenses pour traquer ses propres incohérences car c’est d’eux que vient la fierté. Malgré mes propres difficultés, jamais je n’ai renoncé à avancer et progresser dans la vie. Quand j’ai deux genoux à terre, ce qui me sauve est de rêver de pouvoir. Alors non, je n’ai pas envie de céder ma place quand j’écris, par paresse, facilité ou accélérer. Oui, je défends le slow made et j’ai envie d’entretenir mes cellules grises. Scientifique de formation, j’ai une vision quantique donc spirituelle de la vie. Je mesure à ma manière le danger de l’IA. À mon sens : on n’est plus dans la même dimension avec cette innovation technologique qu’on l’était lorsqu’on devait accepter une machine à laver ou un ordinateur et la différence tient en ces mots : immixtion sans contrôle / aliénation mentale programmée. Or la culture est un dernier eldorado de liberté intellectuelle et l’eau, un élément si vital que je ne cesse de m’interroger : que sera notre planète bleue lorsqu’elle sera uniquement habitée par des robots bénéficiant de l’énergie du soleil, sur une terre minérale et peut-être contrôlée depuis Mars où des data centers seront refroidis ? Des robots qui ne sauront plus quoi faire et qui pour se distraire écriront pour se lire entre eux. En attendant, puisque j’ai la chance qu’il pleuve encore, là où j’habite, je veux danser, rater mes écrits, raturer, buter. Vivre, donc. En mettant une barrière claire : l’IA pour une photo, quand il n’y a aucune autre solution, il m’arrive de l’utiliser, le plus rarement possible et en continuant de soutenir les vrais photographes et graphistes. L’IA dans un correcteur d’orthographe de qualité reconnue, installé en local, a priori, ce n’est pas de l’IA. Et me concernant, j’en use en complément et seulement après mes nombreuses relectures personnelles, après avoir été formée intensément dans ce domaine, et seulement pour des coquilles d’orthographe, jamais pour la syntaxe. L’IA dans un moteur de recherche, cela commence sérieusement à me “gaver” en raison du filtrage pressenti ou ressenti des résultats. Mais l’IA dans l’écriture, pour moi, c’est niet. Il y a tant d’autres livres à lire…

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