Anthologie de la publicité française

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Que pensait de la publicité naissante Honoré Daumier, le plus célèbre caricaturiste du XIXᵉ siècle ? Vers 1840, il en croquait déjà férocement les excès et les bonimenteurs :

« Monsieur, je méprise le charlatanisme de l’affiche, je méprise les Pufs de l’annonce, j’abhorre tout ce qui sent le charlatan, le sauteur, le danseur de corde et je me borne à produire tout naïvement tout bêtement ma marchandise.

Lisez mon catalogue. Parfum de l’amour, de l’estime et de l’amitié, en flacons moyen âge…… Extraits de sourire de l’enfance – Parfum des premiers pas d’Adolphe – Eau de l’alliance des peuples, pour le mouchoir, avec la chanson de Béranger. Parfum du Général Foy, odeur pour raffermir les fibres du cerveau et rappeler aux Français leurs libertés et leurs droits garantis par la charte constitutionnelle, entouré d’un discours prononcé sur la tombe de l’immortel député par un de ses honorables collègues. Vous le voyez, il est impossible d’être plus simple…… »

Le paradoxe est savoureux : celui qui condamne la réclame en devient aussitôt un extraordinaire bonimenteur.

Ailleurs, les consommateurs constatent les dégâts :

« Gueuses d’affiches ! cré coquines d’annonces !!… Figurez-vous, que j’ai consommé 1675 boites de Topique Coporistique !!……. – Et moi ! croiriez vous bien, Monsieur ! que je me suis fourré sur la tête pour 1853 francs de Pommade du Lion !!… »

Enfin, sous le titre « EN FAIT-ON AVALER À CE PAUVRE PUBLIC !!!.. », Daumier pousse l’absurde à son comble :

« Le Clyso-Trompe en Caout-chouc occupe, dans la nombreuse famille des émolients, la place que la flûte douce tient parmi les instruments à vent. Le Clyso-Trompe rafraîchit les idées, détruit les punaises, calme l’irritation nerveuse, ouvre l’intelligence, purifie la Conscience de remords, inspire des Dythirambes sur le musée de Versailles, mais n’enlève pas du tout la Colique.

Le mou de bœuf en bas age a obtenu le suffrage de toutes les têtes couronnées. Cet admirable Pectoral guérit la Berlue, les Durillons, les Panaris, les taches de rousseur, la manie de faire les drames, &a., &a., &a. Cette pâte de velours convient plus particulièrement à tout le monde. Elle ôte l’enrouement comme avec la main. Duprez lui doit ce LA de 553 pieds au-dessus du niveau de la mer qu’il n’a jamais eu. Elle donne même la Coqueluche aux enfants les mieux portants. »

Daumier avait déjà saisi les ressorts éternels de la publicité : attirer, exagérer, promettre l’impossible et transformer l’ordinaire en extraordinaire.

Quelques décennies plus tard, une arme autrement plus puissante allait s’ajouter aux mots : l’image.

La publicité allait couvrir les murs de France. Et parfois devenir une œuvre d’art.

 

 

*De la Belle Epoque aux Années folles, cette anthologie reliée rassemble plus de 720 œuvres parmi les créations les plus spectaculaires des grands maîtres de l’affiche française. Au fil de 384 grandes pages A4 et de 19 thèmes, elle fait revivre l’âge d’or de la publicité, à travers des œuvres issues de collections privées, sélectionnées et restaurées numériquement pour retrouver tout leur éclat.

Un extrait de 16 pages est visible ici https://heyzine.com/flip-book/c5741829b8.html

 

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