Abracadabra par Isabelle Bary

IMG_1004-2

L’autre jour, alors que je discutais avec une dame, un homme nous a interrompues. J’étais en dĂ©dicace et les libraires avaient installĂ© sur ma table une affiche avec la photo de mon roman et mon portrait. L’homme en question a d’abord scrutĂ© mon visage imprimĂ© sur le panneau, puis m’a fixĂ©e longuement et a lancĂ© : « c’est vraiment vous sur la photo ? »

J’ai souri ne sachant pas s’il fallait lui faire remarquer, avec humour si possible, qu’il Ă©tait grossier ou s’il Ă©tait prĂ©fĂ©rable de l’ignorer. La dame interloquĂ©e lui a rĂ©torquĂ© que j’avais simplement les cheveux plus courts. Elle s’est ensuite tournĂ©e vers moi en levant les yeux au ciel. Bien aimĂ©e sororitĂ© !

Si, sur le fond, le pauvre type n’avait pas tout Ă  fait tort – il est temps que je retourne en studio faire quelques photos 😉- le monde manque souvent de dĂ©licatesse pour nous signifier notre dĂ©suĂ©tude ! Des publicitĂ©s rĂ©currentes qui, dĂšs la cinquantaine, inondent nos Ă©crans : produits contre la sĂ©cheresse vaginale ou les fuites urinaires, exercices pour ventre mou, gaine automassante, assurances pension, magazine 50+, de l’article ciblĂ© qui s’évertue Ă  nous vanter la sexualitĂ© heureuse des quinquas – comme s’il Ă©tait entendu qu’elle ne le soit plus – au pharmacien Ă  la gueule d’ange qui glisse dans le sac de nos achats des Ă©chantillons de crĂšmes pour peaux matures et rides installĂ©es, tout nous crie la fin du monde ! TrĂšs vite viendront les langes et les caveaux, les monte escaliers, les rentes viagĂšres, les appareils dentaires et auditifs. Combien de temps des premiers signes de pĂ©remption Ă  la casse ? *
Chaque anniversaire évoque cette fatalité. Chaque Noël nous rappelle le précédent, lorsque nos parents étaient un peu moins courbés et nos enfants moins élancés.

Oui, mais moi, dans la tĂȘte, j’ai toujours trente ans.
Je me suis arrĂȘtĂ©e lĂ .
Et je refuse d’éroder mon « Abracadabra » !
La réalité entiÚre ne devrait-elle pas tenir dans ce tableau-là ?
Doit-on laisser le monde autour, le climat général plombant, nos peaux flétrissantes et nos désespoirs divers faire la loi ?
Doit-on leur laisser insinuer que le  merveilleux est condamnĂ© Ă  disparaitre alors qu’il nous suffit de garder notre facultĂ© Ă  le percevoir ? A savourer le bonheur d’ĂȘtre lĂ , vivant malgrĂ© tout ?
La pire folie dans ce monde de fou ne serait-elle pas de ne pas l’ĂȘtre ?

Je vous souhaite un Noël enchanté ! 

‱ Extrait librement interprĂ©tĂ© du roman « Le second printemps », 180 degrĂ©s Ă©ditions

    Retour en haut