Je ne sais pas ce que pensent réellement ces deux enfants.
Mais cette image me fait réfléchir.
L’un mange.
L’autre regarde.
Et parfois, toute la différence entre une société qui progresse et une société qui stagne se trouve dans ce regard.
Très tôt en Afrique, nous apprenons à regarder ce que possède l’autre.
Pourquoi son assiette est-elle plus remplie ?
Pourquoi a-t-il un plus gros morceau ?
Pourquoi lui et pas moi ?
Puis nous grandissons.
Les assiettes deviennent des voitures.
Des maisons.
Des diplômes.
Des postes.
Des comptes bancaires.
Des passeports.
Mais le regard, lui, ne change pas.
Nous continuons à vivre dans la comparaison.
Nous passons plus de temps à surveiller la réussite des autres qu’à construire la nôtre.
C’est ainsi que naissent beaucoup de nos problèmes.
La jalousie.
Les rumeurs.
Les sabotages.
Les divisions.
La corruption.
Le tribalisme.
La haine.
Parce que lorsque l’on ne supporte plus de voir quelqu’un réussir, on finit par préférer qu’il échoue plutôt que de réussir soi-même.
Voilà l’une des plus grandes tragédies de nos sociétés.
Nous applaudissons rarement celui qui réussit.
Nous cherchons d’abord à savoir pourquoi il a réussi.
Qui l’a aidé ?
Qui connaît-il ?
Qu’a-t-il volé ?
Comme si la réussite de l’autre était une injustice envers nous.
Pourtant, la richesse n’est pas un gâteau fixe.
Si ton voisin progresse, cela ne t’appauvrit pas.
Au contraire.
Dans une économie saine, chaque personne qui crée de la valeur peut en créer aussi pour les autres.
Le véritable ennemi n’est donc pas toujours la pauvreté.
Le véritable ennemi est cette mentalité qui nous pousse à regarder constamment l’assiette du voisin au lieu de cuisiner la nôtre.
Imaginez un village où cent personnes passent leur journée à compter les récoltes du voisin.
Qui va labourer les champs ?
Qui va semer ?
Qui va produire ?
Personne.
Et tout le monde restera pauvre.
Le développement commence dans l’esprit.
Le jour où nous comprendrons que l’énergie consacrée à envier l’autre serait plus utile à améliorer notre propre vie, nous aurons déjà franchi un immense pas.
C’est exactement cette révolution des mentalités que je défends dans mon livre *Espérance Nouvelle – Une jeunesse africaine en quête de changement*.
J’y explique que l’Afrique ne manque ni d’intelligence ni de courage.
Elle souffre aussi de certaines habitudes de pensée qui freinent son développement.
Le jour où nous cesserons de mesurer notre bonheur avec l’assiette du voisin, nous commencerons enfin à remplir la nôtre.
Le regard peut être une source d’inspiration ou le début de l’envie.
Ce choix appartient à chacun de nous.

