NI LA MER NI L’AMOUR (Hommage à Marguerite Duras, 30 ans plus tard)

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Elle dit aussi que si il n’y avait ni la mer ni l’amour personne n’écrirait des livres.

 

Elle regarde la mer. Toujours elle regarde de la mer.

Aux premières lueurs du jour ; aux derniers ors du couchant rougeoyant, elle regarde la mer.

À l’automne, en hiver, au printemps, en été, elle regarde la mer.

Un peu plus longtemps en été, peut-être. Un peu plus profondément, peut-être.

Comme aujourd’hui. Comme en ce jour d’été.

Par-delà les parasols disséminés sur la plage, son regard enveloppe la mer, étale.

La mer devant et qui épouse presque l’horizon, le frôle, le caresse.

Acte d’amour. Acte d’amour renouvelé toujours. L’air et l’eau réunis.

Étreinte aérienne. Étreinte liquide. Étreinte. Comme l’amour.

Peut-être que l’amour c’est cela. La mer qui lèche la peau de l’horizon.

Deux corps qui s’attirent, se repoussent, s’attirent encore. Se repoussent encore.

Peut-être qu’ils s’attirent pour mieux se repousser, les corps. Peut-être qu’ils se repoussent pour mieux s’attirer. Peut-être.

Peut-être que l’amour, c’est la mer. Paisible tantôt. Agitée tantôt. Comme l’écriture aussi. Peut-être que l’écriture est le point de jonction entre la mer et l’amour.

Écrire. Écrire l’amour. Écrire la mer. Toujours écrire. Peut-être que c’est cela, le toujours de l’écriture. Cette mer dont l’ingrédient essentiel est le sel d’amour.

Peut-être que le sel, c’est l’écrit. Ces cristaux de mots qui le nourrissent. Flux et reflux des mots nichés dans le creux des salins marins. 

Elle regarde la mer. Toujours elle regarde la mer. À l’aube. Au crépuscule.

La plage est déserte à présent. Les parasols ont disparu.

L’été, sur la plage délaissée par les estivants, elle écrit. Peut-être.

Peut-être aussi qu’elle dit. Peut-être qu’elle dit je crois que l’amour va toujours de pair avec l’amour.

Peut-être qu’elle dit qu’écrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait.

Qu’importe ce qu’elle dit.

Seule importe la mer. Seul importe l’amour. Et l’écrit. L’écrit qui s’écrit et s’écrie.

Elle regarde la mer. Il fait nuit noire. Elle ne la voit plus. Elle la devine, la mer.

La nuit, propice aux amours. Propice à l’écriture.

Peut-être qu’on aime mieux la nuit. Peut-être qu’on écrit mieux la nuit.

Et la mer ? Est-ce qu’elle se terre mieux la nuit, entre les bras de l’horizon ? Peut-être.

Peut-être qu’elle divague, à regarder la mer sans vagues. Peut-être qu’au fond, elle dit vague.

Peut-être que c’est cela, écrire. Un vague dit qui se fait vague de dits .

Le moment de la nuit est arrivé où, déjà, les heures vous jettent dans la fatigue du prochain jour devenu inévitable.

Inévitable, le prochain jour. Inévitable, la mer. Inévitable, l’amour. Inévitable, l’écrit.

Inévitable, la solitude, condition de l’écriture.

Et, si un jour ou une nuit, il n’y avait plus l’écriture, il restera la mer quand même, les océans… et puis la lecture.

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