On me reproche beaucoup mon optimisme, mon refus d’obtempérer aux enseignements des professeurs de déception, de sombrer dans l’état d’accablement que suscite partout notre époque. On peut bien, si on le souhaite, se régaler de noirceur et s’enivrer de poison. On ne me verra pas participer à ce banquet de désespérés.
Je préfère encore aller marcher avec mon chien, m’asseoir à ses côtés dans la neige, puis, du bout du doigt, lui montrer au ciel l’emplacement de quelques constellations familières.
Il se peut bien que mon parti pris d’aujourd’hui envers la joie, la lumière et la beauté des choses soit un effet de mon passage d’autrefois dans la nuit la plus noire. Un ami, un frère ou une sœur à l’oreille bien tendue pourra presque toujours soulager la douleur de l’esprit. Celle du corps est plus difficile à vaincre. Les mots, les caresses ne suffisent pas à l’amoindrir. C’est pourquoi on est si seul quand le corps souffre. Je me suis souvenu des heures où mon corps me trahissait, en quelque sorte, en me faisant éprouver cette souffrance intenable et absurde, qu’aucune parole de réconfort ne parvenait à faire taire.
Je voudrais qu’on comprenne ceci : je ne choisis pas la joie par manque de lucidité, ou par excès de candeur. Je la choisis parce que c’est le meilleur moyen que j’ai trouvé de sortir de mon lit le matin en étant heureux de ce que je vais faire durant la journée. Je la choisis parce que c’est elle qui me permet le mieux d’être en contact avec le monde et de lui communiquer mes pensées. Je la choisis aussi parce qu’il me semble que c’est par elle que se rassemblent le plus durablement les gens, y compris ceux qui n’ont rien d’autre en commun qu’un rêve. Je la choisis, enfin, parce que c’est elle qui me montre le plus clairement le chemin à suivre pour accomplir mon destin : observer, apprendre, aimer.
Photo : Manon Des Ruisseaux

