Disponible au format broché depuis le 31 mars 2026, Secret Alliance. 1941, est une fiction historique qui explore les modes de résistance au cours de la Seconde Guerre mondiale. Au cœur d’un paysage politique où l’extrême droite reprend les symboles de la Résistance, le roman, met l’accent sur la coopération entre personnes de différentes nationalités et milieux sociaux, s’inspirant de réels services secrets britanniques de la Seconde Guerre mondiale qui ont travaillé avec des mouvements de résistance.
Extrait du chapitre 3:
La !
Au moment où mes pieds touchent lourdement le sol sombre et humide, une bourrasque de vent froid assaille mon visage. Elle manque presque de déployer à nouveau la toile de mon parachute tombant en voile derrière moi. Assise, je me dépêche de détacher le lourd équipement. J’ancre mes pieds au sol du mieux que je peux alors que mes doigts gantés s’activent au niveau de ma poitrine pour enlever les sangles. Après quelques secondes qui paraissent interminables, le poids qui me tient en arrière se libère. Je peux enfin me tenir debout. Alors que je tire sur les fils du parachute pour ramener la toile et la plier, je tourne la tête. Dans l’obscurité, j’arrive à peine à percevoir trois minces figures à quelques yards de moi en train de réaliser la même opération. Le champ dans lequel nous venons d’atterrir s’étend à perte de vue à ma gauche et délimite, à ma droite, l’entrée de ce qui doit être un verger. Malgré notre atterrissage dans un espace aussi ouvert, nous sommes presque invisibles, grâce aux nuages cachant la lune à son pic.
Sol. Sol. Sol
À part les bruissements des toiles en train d’être rangées dans nos sacs, le silence règne. Après tout, nous sommes au milieu de la nuit.
— Faut tout rassembler ! s’écrie Finley près de moi, brisant la tranquillité de la nuit.
Comme depuis le début de l’entraînement à Whitehill où les instructeurs nous ont formés pour devenir opérateurs radio, il a une fâcheuse tendance à nous prendre de haut. Il est certes le plus âgé d’entre nous, mais cela ne fait pas de lui le chef de notre équipe. Son expérience de dix ans dans l’armée n’en fait pas de lui un expert non plus !
— Nous savons ce que nous avons à faire ! Nous ne sommes pas des enfants ! lui rétorque Scarlett.
Elle s’affaire autour du colis rempli d’émetteurs radio, harnaché autant que nous et encore à moitié caché sous la toile de parachute. Dégageant la caisse en bois, ses larges boucles noires dépassent maintenant allégrement de son casque après la descente dans le vide.
— J’veux juste aider, rumine-t-il, pour seule réponse.
— J’ai justement besoin d’aide avec le colis.
Face à Scarlett, Finley n’a que peu de répartie. Malgré l’obscurité, il n’est pas difficile de remarquer le regard froid avec lequel elle le réprimande. Elle n’a pas besoin de hausser le ton tant son assurance pèse sur la conversation. Il finit par se joindre à la tâche pour détacher les sangles.
Une fois assurée qu’il contribue bien à sa part du travail, elle prend le temps de me demander si tout va bien de mon côté.
— Olivia s’en sort-elle ?
— Je ne sais pas, me répond-elle en portant le regard derrière elle, vers le champ. Va peut-être vérifier si elle a besoin d’un coup de main.
Olivia Knight, le dernier membre de notre petit groupe n’est qu’à trois cents yards. Au loin, je la vois replier avec difficulté la grande toile de son parachute : en cause, les bourrasques saccadées.
Si. Si. Si.
— Tu as besoin d’un coup de main ?
— Oui, je ne voudrais pas ralentir le groupe ! dit-elle, ses boucles châtains lui fouettant les joues et les mains tremblantes à cause du froid.
— Tu as perdu un gant. Tes doigts vont geler !
— Non, ça va ! me rassure-t-elle. Mais ça ne m’aide pas à le ranger.
— Arrête ça ! Laisse-moi faire ! lui dis-je en reprenant la toile de ses mains. Réchauffe-toi les mains dans les poches de ton uniforme.
Comme j’ai le luxe d’avoir mes deux gants, je n’ai besoin que de quelques minutes pour replier son parachute dans le sac prévu à cet effet. Elle me remercie tout en soufflant dans ses mains glacées, une fois le sac sur son dos. Les bourrasques continuent de traverser la campagne nocturne.
Sol. Sol. Sol.
Le regard au loin, elle semble s’attarder sur quelque chose au milieu de l’obscurité.
— Je crois que la cavalerie arrive !
— Les Allemands ? demandé-je tout en regardant dans la même direction.
Cinquante yards plus loin, la large figure d’un homme dans les six feet, engoncé dans un manteau couleur nuit, s’approche de Scarlett et Finley. Il ne semble pas armé. Du moins pas lourdement. Conformément à notre entraînement, nous portons nos mains à notre taille où un pistolet se trouve prêt à être utilisé en cas de soucis.
Après avoir échangé quelques mots avec Scarlett, l’homme cherche quelque chose dans sa poche pour le lui montrer. Cette dernière se retourne ensuite pour nous signaler de nous approcher. Elle ne semble pas inquiète.
— Serait-ce Lotus alors ? commente Olivia.
Je ne sais pas vraiment à quel genre de personne je me suis imaginée, mais certainement, voir ce grand homme discutant avec mes camarades me surprend.
En arrivant près de Scarlett et Finley, j’arrive à voir quelques traits de son visage. La mâchoire carrée avec des cheveux blonds dépassant de son bonnet, il semble étonnamment bienveillant avec son large sourire. À la main, il tient un bouton de rose blanche séché, le moyen de reconnaissance que nos supérieurs nous ont indiqué avant le départ. Comment s’est-il procuré une rose en février, je l’ignore par contre ?
— Welcome in France, nous dit-il de son accent français. Je suis Lotus.
— C’est un nom de code, je présume…
— Vous présumez bien, me dit-il, tout sourire. Nous ne pouvons pas nous attarder pour discuter malheureusement. Je dois vous emmener en lieu sûr. Azalée nous attend.
Scarlett essaie d’en savoir plus sur le lieu où il souhaite nous emmener, mais ce dernier reste vague, répétant plusieurs fois qu’il nous donnerait plus d’information en lieu sûr. Il semble pressé et nous invite donc à le suivre pour ne pas nous faire repérer. Finley l’interrompt bien vite pour lui demander s’il compte porter le colis à mains nues, vu son poids.
Do dièse.
Un bruissement se fait entendre au niveau du verger. Par réflexe, nous nous préparons à dégainer nos armes. Lotus s’empresse de calmer le jeu en annonçant son collègue. De derrière les silhouettes sombres des arbres, surgit soudain un homme d’une quarantaine d’années, plus petit et trapu que Lotus, portant à la main une sorte de chariot. Son visage est amical et légèrement joufflu. En nous voyant, il fait frémir sa petite moustache sombre avec un sourire.
— Fais attention, lui dit Lotus. Tu sais qu’ils sont entraînés. Il vaut mieux ne pas les surprendre !
— Tu m’étonnes ! commente Finley. Et comment on t’appelle ?
L’homme semble répondre au nom de Muguet, étrange nom de code pour un homme de sa stature et de son âge.
— Lotus, Azalée, Muguet. C’est quoi tous ces noms de fleurs ! remarque Finley.
Scarlett lui donne un coup de coude pour le rappeler à l’ordre. Du coin de l’œil, je la vois lever les yeux au ciel d’exaspération comme pour dire à Lotus qu’elle est désolée de son comportement. Lotus, lui, semble s’en amuser plus qu’autre chose.
Comme ils ne peuvent nous donner leurs vrais noms ici, ils nous invitent à continuer de les appeler ainsi. Muguet confirme que la camionnette se trouve bien proche de la voiture de Lotus et se faufile près de Finley pour récupérer la caisse en bois et disparaitre avec dans le verger.
Nous suivons donc Lotus dans le verger que j’ai initialement imaginé beaucoup plus grand que cela. Après avoir passé six ou sept rangées d’arbres sans feuilles, nous débouchons sur un petit chemin de terre séparant le verger d’un petit bosquet. À gauche, une vieille voiture noire et une camionnette blanche où il est écrit « Les jardins Giraud, paysagers de père en fils », sont garées l’une dernière l’autre le long du chemin.
Il nous indique de monter dans la voiture alors que Muguet s’affaire à rentrer le colis dans l’autre véhicule. Finley s’arroge la place du mort, nous laissant toutes les trois sur la banquette arrière. Lotus, avec ses larges épaules, rentre au chausse-pied sur le siège du conducteur. Après quelques minutes, Muguet apparait à la vitre du conducteur pour signaler qu’il est prêt à partir.
Ré ! Ré ! Ré !
Les moteurs de la vieille voiture démarrent avec peine en cette fin d’hiver, dans un fort vrombissement, mais arrivent tout de même à nous traîner tous les cinq hors du sentier. Lotus emprunte ensuite une route de campagne, déserte pendant près d’un quart d’heure. Alors que dans la nuit noire, il ne semble y avoir qu’une route droite, il ralentit pour tourner en direction de la forêt qui défile le long de la route. Nous nous regardons interloquées avec les filles. Miraculeusement, la voiture passe entre deux arbres et je distingue avec la lumière des phares, un sentier impossible à voir depuis la route.
— Où allons-nous, exactement ? demande enfin Scarlett.
— Nous allons chez Azalée, dit-il avec un sourire en coin.
— C’est pas une réponse, ça ! répond Finley.
Pour une fois, je suis d’accord avec lui.
— Vous ne tarderez pas à avoir plus d’informations. Ne vous inquiétez pas, tente-t-il de nous rassurer.
— Et ce sera quand, ça ? rétorque encore Finley.
— Maintenant ! commente Lotus après avoir avancé d’une centaine de yards sur le sentier boisé.
Au bout du petit sentier, dans une grande clairière, se détache une grille en métal haut de six feet cinq, délimitant une belle maison blanche de deux étages.
— Comment peut-il y avoir une maison pareille ici ? m’écrié-je. Nous sommes au milieu de la forêt !
Lotus ne me répond pas et sort brièvement de la voiture pour ouvrir la grille. En revenant, le sourire aux lèvres face à notre étonnement, il se remet au volant.
— Dépêchons-nous, nous sommes attendus.
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