C’est le titre du premier roman de Ana Gadret, une histoire contemporaine qui décrit les croyances, conventions et contradictions d’une société provinciale conservatrice. Il tient en haleine de bout en bout, certains lecteurs l’ont lu d’une traite !
LE PITCH :
Fanny, une jeune biologiste éprise de nature et de sagesse déiste, s’interroge sur les choix, assumés par son frère, de croyances et de codes sociaux opposés à ceux qui ont longtemps rendu leur relation fusionnelle.
Elle observe leur lien se déliter au fur et à mesure de l’adhésion d’Hadrien à des valeurs et un mode de vie dont elle perçoit douloureusement la triste vanité.
AU FIL DES PAGES…
Octobre 1994
Berlin.
Voici 3 mois qu’Hadrien a commencé son semestre allemand.
Mon frère, entré par défaut à l’ECB (École de commerce de Boislieu), semble avoir trouvé des sujets d’étude qui l’intéressent, et des opportunités de quitter la région probablement motivantes.
Ses amis et lui sont colocataires dans un immeuble du quartier « Prenzlauerberg ». Leur mini-communauté, hétéroclite et colorée, me rappelle furieusement celle de « l’auberge espagnole », film enthousiasmant de Cédric Klapich qui a donné un élan inédit au système d’échange universitaire « Erasmus ».
J’ai choisi de leur rendre visite pendant les vacances de la Toussaint, moi qui ne suis pas retournée à Berlin depuis 1985, c’est – à dire bien avant la chute du mur. Le père de ma correspondante m’avait à l’époque conduite jusqu’à Check Point Charlie, non sans devoir franchir un véritable parcours du combattant de plusieurs heures pour … passer à l’Est !
J’avais été très marquée par le voyage en voiture sur une autoroute grillagée de part et d’autre, jalonnée de miradors dont les occupants pointaient leur arme dans notre direction. Au poste frontière, après de longues minutes de pourparlers, des militaires avaient examiné la voiture dans le moindre détail, jusqu’au traditionnel miroir poussé entre les roues. Je n’en menais pas large.
Aujourd’hui je retrouve mon frère adoré dans cette ville de contrastes chargée d’une histoire encore à portée de mémoire.
Nous nous approchons tous les deux du Mémorial aux juifs assassinés d’Europe.
A distance, l’on a une vue d’ensemble sur d’innombrables stèles en béton, (j’apprendrai plus tard qu’elles sont au nombre de 2711) disposées de manière régulière.
En empruntant au hasard les allées du cimetière virtuel, je réalise que les stèles sont de hauteurs inégales, certaines dépassant très largement la taille d’un homme.
Instinctivement, Hadrien et moi nous prenons la main. Au fur et à mesure que nous progressons à l’intérieur du champ de stèles, les allées, par un effet d’optique, deviennent plus étroites. Les tombes se penchent au-dessus de nous, nous sommes peu à peu engloutis.
C’est novembre. Un vol de grues que nous n’avions pas vu survole le mémorial. Alors que les oiseaux poussent leurs cris de ralliement ininterrompus, ceux-ci se muent en hurlements de détresse, en appels au secours éternels des millions de juifs assassinés.
En quittant le Mémorial, nous restons muets plusieurs minutes. Nous laissons nos pas nous guider vers Pariser Platz et la Branderburger Tür.
Ni moi, ni Hadrien qui a pourtant déjà visité les lieux, n’a envie de rejoindre tout de suite les autres étudiants.
Alors que nous cheminons devant la coupole du Bundestag, je m’aperçois que nous nous tenons toujours la main.

