À mon père.
Écrit la veille de son départ,
que je n’ai pas pu lui lire de son vivant.
Il y a des sortes d’amour
que seule l’approche de la mort apporte,
des instants que la futilité du vivant ne supporte.
Je pensais en connaître des poussières de son feu,
Mais seules ses piètres étincelles ont trompé mon âme.
Aujourd’hui, au seuil de l’existence, ton essence parle.
Il suffit d’une présence pour que l’alchimie se pare
De perles, de délicatesse, de transmission et de joie.
Seuil d’amour,
Présence d’âme.
Incomparable
Inégalable
Les adeptes boudaient l’illusion de ta romance
Afin d’honorer ta force de transformation :
L’Amour est matière, l’union est esprit,
Et, réconciliés, intégrés,
ensemble chantent l’ode de la vie.
Alors, à ce seuil, tu me lègues plus qu’un bâton :
Une sève qui fait naître l’or intérieur, l’entier incarné.
Dans cet Amour circulent la vie, le remède et le fruit.
Seuil d’amour,
Présence d’âme.
Inexprimable
Inimitable
Ton regard saigne, et démusèle les non-dits :
La présence claire soigne, le lien vrai est antidote.
Comment tolérer un demi-amour, ou un demi-sot,
quand la matrice pose pleinement sur moi son sceau ?
Hathor rit, scellée à l’amour plein, je suis.
Demain, l’héritier du lien posera sa tête sur mon sein,
Lait jaillissant de vertu, mamelles de clarté,
aréoles aux pigments d’ébène, sacrés.
Femme noire, ton axe vital, enfin régulé,
du vide sidéral, l’amour d’un père t’a libérée.
Seuil d’amour,
Présence d’âme.
Transmission
Transformation
Je resterai là, fidèle, engagée, et fluide,
À m’abreuver de savoirs que la raison ne porte.
Au seuil, ruissellent vie, mystères et dilection.
L’amour vrai n’est pas parfait,
mais habité de sens et d’aplomb :
Lumière et chaos nus, maîtrisés,
justesse, flux et vérité en autorité.
Et quand le glas aura sonné,
je serai encore là, moi, aqua vitae,
Enfant de ton sceau, porteuse de ta mémoire.
Puis viendra mon tour de guérir
Une tierce existence par cet amour.
Que la vie et son fruit circulent,
encore et toujours.
Seuil de ta présence d’âme,
Éternité de ton esprit.
Arbre, pater, sois béni
En moi, gratitude infinie.
Seuil d’amour, présence d’âme

