TOMBÉE DU CIEL

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Une dernière inspiration du recueil Matière à tuer le Temps, tombée du ciel et qui rend hommage à mon père spirituel, Jacques Higelin, en clin d’oeil à mon idole de jeunesse, Le petit prince de Saint-Ex. 

Un récit fantastique, à bord de son aéroplane blindé d’humour et de poésie, déconnecté du temps, en quête de nos âmes.

***

« S’il vous plaît… dessine-moi une aurore boréale ! »

Il était là, en bas, les yeux écarquillés, dans la nuit glaciale, tenant la main de son grand-père. Le petit garçon me priait, moi, de lui colorier le ciel avec mon avion de couleurs prêt à fendre la stratosphère.

Attention, gamin, pour le vol du bourdon, il va y avoir du frisson dans l’échine. Dans mon aéroplane blindé, à fond les gaz, j’attaque un looping.

Waouh ! Je serpente la canopée céleste, un foulard de lumière flottant aux vents solaires. L’enfant s’émerveille et remercie le ciel tandis que je salue d’une dernière pirouette et m’envole à la vitesse de l’éclair. Quand soudain… 

— Ooooh… bleu du ciel !

B A N G  !

 

1

Cela fait trois mois que le vaisseau spatial se dirige vers la planète Mars. Tout l’équipage semble avoir perdu la notion du temps. Sauf Boris, aux commandes, le programme de vol sous les yeux. Il est secondé par Thomas, un autre astronaute ingénieur en aéronautique. Le premier est russe, le second français. Sean, un géologue américain, et Silke, une biologiste et botaniste allemande, sont également du voyage. La Terre n’est plus qu’un point minuscule dans l’univers quand Mars a la taille de la Lune, vue de notre planète. Elle est déjà fascinante à l’œil nu. Tous s’efforcent de suivre le programme quotidien, sous la surveillance de Mom, le robot doté d’une intelligence à toute épreuve, capable de déceler la moindre faille physiologique, comportementale et psychologique de chaque membre d’équipage. Une vraie mère, en plus de son rôle de superviseur du commandement des opérations à bord. Rien n’échappe à son contrôle.

« Reprise de la simulation des opérations d’amarsissage dans vingt minutes. »  

Chaque jour, Mom distribue les tâches et prévient des besoins de chacun pour que personne n’ait à s’en préoccuper et, surtout, ne tombe malade. 

« Rechargement des batteries terminé, Boris, tu peux te lever. »

« Attention, Sean, deuxième alerte à ton mollet droit. Ne force pas sur le vélo. »

Le robot connaît tellement leurs caractères et leurs habitudes à la perfection qu’il intervient avant même qu’une situation ne s’envenime, de sa douce voix féminine.

« Une partie de cartes, Silke ? Ça va te détendre. Quelle musique tu préfères ? Un petit Bruce Springsteen, ça te dit ? Écoute ça ! »

— Rouleeette ! C’est ma préférée. Mets plus fort, Mom, s’il te plaît !

Encore six mois avant d’atteindre l’objectif. Le temps paraît long malgré tous les efforts de Mom pour les occuper. Thomas pédale sur le vélo dans la cabine de sport, regardant avec nostalgie par le hublot sa planète de naissance disparaître dans l’immensité de l’espace étoilé. Sean et Silke jouent aux cartes, juste à côté, l’Américain pestant à chaque pli remporté par l’Allemande, transcendée par la musique. Boris, lui, tient le cap du vaisseau sous l’œil attentif de Mom. Quand une secousse le sort soudain de sa veille somnolente.

— Qu’est-ce que c’est ? 

« Analyse en cours… »

Quelque chose semble les avoir heurtés de plein fouet, avec une force inouïe. Mais rien n’apparaît sur les écrans, ni derrière les hublots. Une deuxième secousse, plus violente encore, fait basculer leur véhicule.

— Que se passe-t-il, Boris ? demande Sean, particulièrement inquiet et accroché à sa table de jeu qui a tout envoyé valser en apesanteur.

— Si seulement je le savais, répond le Russe, désemparé, activant tout ce qu’il a sous la main, en quête d’une information. Mom ? il interroge encore.

« Analyse en cours… »

— Qu’est-ce qui nous a heurtés ? s’enquiert à son tour Silke, après avoir vu planer le bluff de Sean et la quinte qu’il n’avait pas pour battre son brelan d’as.

Boris voit arriver Thomas, tête première, dans le module de commande. La même question se lit sur son visage. 

— Aucune idée, bordel ! lâche aussitôt Boris.

(Image mise en avant générée par IA)

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