Le courage des commencements

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Le courage des commencements ou le commencement d’un nouvel ouvrage.

Il existe des terrains où l’on avance avec prudence, presque à pas feutrés, tant chaque geste semble capable de faire basculer l’équilibre fragile de notre existence. La chance fait partie de ces sols mouvants. On la croit capricieuse, presque mythologique, surgissant dans nos vies avec la soudaineté d’un événement chez Camus ou la délicatesse d’une révélation dans L’Alchimiste de Paulo Coelho. Pourtant, un ami m’a un jour soufflé une clé simple : avant de demander comment attirer la chance, il faut se demander pourquoi nous la cherchons.

Cette question ouvre un espace intérieur. Elle rappelle la démarche de Montaigne dans ses Essais, lorsqu’il scrute ses propres mouvements d’âme pour mieux comprendre le monde. Pourquoi désirons-nous la chance ? Pour combler un manque ? Pour accélérer un destin que nous n’osons pas prendre en main ? Pour éviter la responsabilité de nos choix ? Ou simplement pour nous sentir vivants, surpris, traversés par l’inattendu ? Les philosophes nous invitent à voir la chance autrement : non comme un don extérieur, mais comme une disposition intime. Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, évoque l’idée que l’homme doit devenir le créateur de son propre chemin. La chance, dans cette perspective, n’est pas un miracle tombé du ciel : c’est une ouverture que nous créons.

On ne force pas la chance, on l’accueille. Elle se manifeste dans les interstices que nous laissons libres, dans les moments où nous cessons de nous cramponner à nos certitudes. Elle apparaît lorsque nous devenons attentifs aux signes, aux rencontres, aux bifurcations possibles. Stimuler la chance, c’est : oser le premier pas, cultiver la curiosité, accepter l’imprévu, (non comme une menace mais comme une source) interroger nos motivations profondes ( avant de chercher des méthodes) et enfin agir malgré l’incertitude. La chance appartient aux audacieux » n’est pas un slogan héroïque. C’est une vérité discrète, presque intime. L’audace n’a rien du courage spectaculaire des romans d’aventure. Elle ressemble davantage à ce que Simone de Beauvoir décrit dans Pour une morale de l’ambiguïté : un engagement lucide, fragile, imparfait, mais réel.

Être audacieux, c’est parfois simplement dire oui. Ou dire non. C’est accepter de se tenir à la frontière de soi-même, là où l’on ne sait pas encore ce qui va advenir. C’est dans cet espace que la chance trouve son chemin.

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