𝗖𝗿𝗮𝗻𝘀-𝗠𝗼𝗻𝘁𝗮𝗻𝗮, 𝗹’𝗶𝗻𝗻𝗼𝗺𝗺𝗮𝗯𝗹𝗲 𝗵é𝗰𝗮𝘁𝗼𝗺𝗯𝗲 𝗱’𝘂𝗻 𝗽𝗿𝗲𝗺𝗶𝗲𝗿 𝗷𝗼𝘂𝗿 𝗱𝗲 𝟮𝟬𝟮𝟲 par Belinda Ibrahim

crans-montana

En ce premier jour de l’an, il n’y avait rien de plus insoutenable que les images qui circulaient de la tragédie de Crans-Montana.
Des mineurs dans un bar-discothèque, une foule qui se bouscule non pour porter secours mais pour obtenir le meilleur angle de prise de vue. Pendant que certains appellent à l’aide, d’autres filment, à de rares exceptions près, quand un ou deux hommes ont brisé une vitre pour sauver une victime qui frappait de l’intérieur.
La scène dit quelque chose de plus large : un monde façonné par les réseaux sociaux et la quête de quelques secondes de visibilité, au point d’effacer toute lucidité face au danger. Derrière l’écran, le drame se joue en temps réel : on crie, on se pousse, on « wesh », on enregistre l’impensable sans mesurer les conséquences. Alors que chaque seconde est cruciale. Combien de jeunes ont péri ou ont mis leur vie en péril, préférant documenter la catastrophe plutôt que réagir ?

En tant que parent, on a tous connu à tout moment de notre vie cette attente fébrile : guetter un message, se rassurer en se disant qu’il ou elle est jeune et qu’il faut bien les laisser vivre, malgré la boule au ventre. On leur a répété de faire attention, on les a abreuvés de conseils, puis on les a laissés partir. Comment alors imaginer l’angoisse intolérable de celles et ceux qui attendent encore des nouvelles de leurs enfants ?

Dans une telle tragédie, où chaque seconde comptait, il aurait fallu briser les vitres de l’extérieur, libérer le plus grand nombre possible de cet enfer. Car c’était un enfer, au sens plein du terme. Voir circuler les avis de recherche, lire les messages de parents sans nouvelles, savoir que les médecins légistes spécialisés dans les grands brûlés auront tant à faire… tout cela (me) tétanise. Certes, notre région du monde est accablée de malheurs à gérer, mais comme je l’écrivais déjà au moment du décès de Ziad Rahbani, ma fenêtre de respiration est essentiellement ouverte sur le monde occidental. Je m’y inscris, farouchement. Et ce drame m’a rappelé celui du Bataclan –  à ceci près que la mort, cette fois, venait de l’intérieur.

Comment expliquer une telle défaillance ? Des systèmes de sécurité inexistants ? Des sorties de secours inaccessibles ? L’absence d’un dispositif anti-incendie capable de se déclencher immédiatement dans ce qui s’est transformé en un tombeau des plus cruels. Scènes apocalyptiques. Jeunes et moins jeunes en état de choc avancé. Les pompiers ont pleuré. De rage. D’effroi. Non ce n’était pas un film d’horreur, mais la réalité “ filmée” “ documentée” de ce siècle de l’exposition démesurée sur les RS.
Jusqu’où l’inconscience collective, doublée de la fascination pour l’image et la visibilité sur les réseaux sociaux, mènera-t-elle ce monde ? Je n’ai, sincèrement, pas de réponses. Mes pensées, mes prières vont vers les proches, et vers toutes celles et ceux, victimes directes ou indirectes, du drame qui s’est déroulé aux premières heures du 1er janvier à #Crans_Montana.

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